"Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été."


Cette expression, communément utilisée tel quel, est adaptée d'un texte de Albert Camus. La phrase exacte étant:

"Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible."



Voici un extrait du texte:


"...
A midi, sur les pentes à demi sableuses et couvertes d’héliotropes comme d’une écume qu’auraient laissée en se retirant les vagues furieuses des derniers jours, je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer.
Car il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer. Nous tous, aujourd’hui, mourons de ce malheur. C’est que le sang, les haines décharnent le cœur lui-même ; la longue revendication de la justice épuise l’amour qui pourtant lui a donné naissance. Dans la clameur où nous vivons, l’amour est impossible et la justice ne suffit pas. C’est pourquoi l’Europe hait le jour et ne sait qu’opposer l’injustice à elle-même. Mais pour empêcher que la justice se racornisse, beau fruit orange qui ne contient qu’une pulpe amère et sèche, je redécouvrais à Tipasa qu’il fallait garder intactes en soi une fraîcheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise. Je retrouvais ici l’ancienne beauté, un ciel jeune, et je mesurais ma chance, comprenant enfin que dans les pires années de notre folie le souvenir de ce ciel ne m’avait jamais quitté. C’était lui qui pour finir m’avait empêché de désespérer. J’avais toujours su que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos décombres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumière toujours neuve. Ô lumière ! c’est le cri de tous les personnages placés, dans le drame antique, devant leur destin. Ce recours dernier était aussi le nôtre et je le savais maintenant. Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible.
..."




Tiré de"L'Eté" de Albert Camus, extrait du "Retour à Tipasa", 1952


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Commentaires (1)

1. Rosebutterfly 20/09/2013

Merci Avra d'avoir resitué cette citation dans son contexte. Je cherchais en vain depuis un moment l'oeuvre dont elle est extraite afin de la lire ou la relire, ce que nous devrions tous faire de temps à autre pour savoir si nous sommes toujours fidèles à nos amours.
L'extrait que vous avez pris la peine de mettre en ligne me donne envie de courir chercher cette parole rare, style toujours aussi vif, droit au but.

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